Ma montagne

Les arbres, les feuilles, la mousse,

Les insectes grimpants sur mon corps

Je prie comme chaque jour la terre

Pour que ses petites bêtes me mangent

Et me fassent disparaître dans les herbes.

Allongée sous les pommiers, je regarde filer les saisons

Et voilà les fleurs qui annoncent mon malheur.

Le temps des vacances tétanise mon petit être innocent

Des souvenirs joyeux s’entremêlent de dégoût et de rage

Je fuis, je cours, je me cache et ma seule délivrance

Cette montagne enchantée ou de l’aube jusqu’à ne plus voir

Je me confie, je m’abandonne, je rêve, je suis libre et suis un souffle de vent.

Je suis une petite fille née de l’eau des ruisseaux et des racines des arbres

Mes petits frères les têtards chatouillent mes oreilles et s’amusent avec mes cheveux.

Mes larmes se confondent avec les carpes emportées par le torrent

Mon âme souillée s’envole au-dessus des arbres

Mes lèvres bleutées tremblent de frayeur

Et je me vois de tout là-haut me confondre avec l’eau

Mes mains agrippées aux racines m’empêchent de glisser vers le fond.

Ces instants nourrissent mon cœur d’amour et de tendresse

L’absence de bras pour me blottir manque à mes souvenirs.

Seule j’affronte la dure réalité des hommes et de leurs mensonges

4, 5,6 s’en est allée ma faiblesse plus jamais une main ne touchera ma peau.

Habillée je me suis offerte par convention sans désir

Pour me venger pour comprendre pour apprendre pour enfanter

Parfois dans l’émotion et même dans l’amour

Il y a des douleurs intérieures qui ne s’effacent jamais.

Tu es ma montagne enchantée, ma plus douce pensée

Mon arbre, ma rivière, mon innocence retrouvée.

Eleonore Vivas